L’Ami de Bien


Nous souffrons.
Je ne parle pas ici de la souffrance de l’esprit provoquée par les pensées confuses et illusoires, mais des douleurs du corps.
La douleur n’est pas une ennemie mais un évènement qui nous donne l’occasion d’être bonne avec elle.
La douleur n’est jamais agréable mais nous pouvons la rendre encore plus désagréable en la combattant, en pestant contre elle et en la subissant.
Tout ce qui nous arrive est une occasion d’observer son esprit, ses manifestations, ses tendances afin de se dresser finalement au-dessus et d’y faire face de la manière dont on s’occuperait d’un Ami de Bien.
En observant ma vie, j’ai remarqué que ce sont mes « pires ennemis » qui m’ont poussé à avancer plus loin dans la Voie des Éveillés.
Ils l’ont fait inconsciemment ? Peu importe, ils ont parfaitement joué leur rôle, celui de faire passer les autres avant eux mêmes.
Encore aujourd’hui, je pense à notre voisin qui a installé des pelleteuses et des camions juste en face du monastère, à exactement trois mètres de la salle d’écriture qui était auparavant le dojo.
Lui, le maire qui ne fait pas son travail, les voisins inconscients et bruyants, tous ces êtres nous poussent à partir et à nous renouveler.
Bien sûr, cela implique de vendre, de chercher un autre lieu, de contacter des agences, de prévoir un déménagement et les soucis qui vont avec.
Mais même si une opération est douloureuse, on se sent mieux après, comme renouvelé, comme ressuscité des habitudes, si zen soient-elles.
Ainsi, nous pouvons comprendre que le mal devient bien et que le bien peut devenir mal.
Nous avons toujours le choix de penser de telle ou telle manière. Ce choix nous appartient. Ce n’est ni le choix du voisin, ni celui du maire ou des circonstances, c’est notre choix.
Même si, en apparence, il semble que nous subissions la loi des autres, en réalité nous subissons nos propres tendances et mauvaises habitudes de penser.
L’ami de bien est partout autour de nous et les Dharmas innombrables sont « les Amis de Bien ».
Le plus grand Ami de Bien est, bien sûr, celui qui indique la Voie absolue qui libère de la souffrance, mais toutes choses sont là pour réaliser l’inconcevable qui se situe au-delà de nos idées et de nos désirs.
Nous pouvons toujours nous battre contre les évènements mais nous devons savoir que nous n’emporterons pas avec nous nos possessions. Par contre, notre mémoire, que nous aurons encombré de luttes et de malheurs, continuera même après la mort. La mémoire est indestructible.
Les dharmas souillés continueront et devront accomplir tôt ou tard leur travail de transformation.
Tout naît des germes du passé. C’est le cycle incessant des transmigrations.
Nous pouvons échapper à beaucoup de choses mais pas à notre mémoire.
Voilà l’importance du Bouddhadharma.
Toute notre vie, nous devons transformer nos obstacles en les libérant de leurs souffrances.
Nous devons ici et maintenant dresser l’étendard de la victoire en nous dressant au-dessus des vicissitudes de la vie, en nous tenant droit et vainqueurs.